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Lettre sucre n°34 – Un modèle d’économie circulaire

Retrouvez ici le numéro 34 Lettre sucre n°34de la Lettre Sucre, la lettre de l’Industrie du Sucre de La Réunion.

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Les sujets traités dans ce numéro :

Edito

À l’heure où les nations du monde entier se sont réunies à Paris pour se pencher sur les enjeux du réchauffement climatique, il est important de rappeler le rôle de la filière Canne-Sucre réunionnaise dans la démarche de durabilité de notre territoire et de réfléchir aux enjeux qu’elle représente pour l’avenir.
Comme le rappelle Bruno Parmentier*, spécialiste des rapports entre agriculture, alimentation et réchauffement climatique, les pays tropicaux seront les plus menacés, que ce soit au niveau de leur agriculture ou de leurs ressources halieutiques. L’agro-écologie, ou agriculture écologiquement intensive, apparaît dès lors comme la seule option possible pour nourrir des populations toujours plus importantes, préserver notre environnement et assurer la viabilité de nos économies.
À La Réunion, face aux contraintes structurelles de notre territoire, l’agro-écologie est à la fois une nécessité, mais également et heureusement déjà, une réalité pour la filière Canne-Sucre. Sélection variétale, protection des sols, limitation des intrants, lutte biologique contre les nuisibles de la canne, complémentarité des filières, performance énergétique de notre modèle industriel : les initiatives ne manquent pas et les résultats sont déjà au rendez-vous.
Avec une surface agricole utile d’à peine 42 000 hectares (soit 1/20e d’hectare de terre agricole par habitant, contre 1/3e en métropole), il est vital de parvenir à faire mieux pour affronter les défis qui nous attendent.
Notre contexte est connu : nous devrons gérer le réchauffement climatique comme les autres, mais avec des contraintes supplémentaires. Elles sont liées à notre latitude et à l’accroissement de notre population. Nous devrons maintenir les complémentarités et l’efficience de nos filières agricoles articulées autour des productions à l’export et de celles répondant aux besoins croissants mais limités de notre population locale. Enfin, notre modèle social agricole doit perdurer, car il permet de garantir un grand nombre d’emplois et un aménagement équilibré de notre île volcanique au relief escarpé.

Produire plus de canne, mais aussi plus de produits frais, avec un espace agricole restreint, en minimisant toujours plus les pesticides : la réussite de ce défi passera obligatoirement par une forte mobilisation de toutes les parties prenantes
Philippe Labro – Président du Syndicat du Sucre de La Réunion

La Filière Canne-Sucre, un modèle d’économie circulaire

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Depuis 200 ans, la canne à sucre occupe une partie importante des terres agricoles de La Réunion et n’a eu de cesse de toujours améliorer sa productivité. Ses atouts pour le territoire sont connus : système racinaire très développé et quasi-permanent permettant de lutter contre l’érosion des sols, apport biologique, contribution économique. Menacée par une urbanisation non maîtrisée, la filière Canne-Sucre a développé de nouvelles pratiques agronomiques, une importante valorisation de ses coproduits et une innovation continue dans ses deux domaines agricoles et industriels. Les principes de l’agro-écologie ne sont pas qu’un défi à relever pour cette filière, mais une réalité dans laquelle il faut s’investir toujours d’avantage.
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Les vertus de cette matière première qu’est la canne à sucre

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La nature pérenne et rustique de la canne, la vigueur de son système racinaire, qui peut atteindre jusqu’à 6 mètres de profondeur et le volume de sa biomasse en font une plante très adaptée à l’agro-écologie. Par ses résidus végétaux aériens et souterrains, la canne enrichit le sol en matière organique, améliore sa structuration et maintient une forte activité biologique. La coupe en vert pratiquée à La Réunion (le fait de ne pas brûler la canne avant la récolte) permet à une partie importante de la biomasse produite par la plante au cours de son cycle de rester au champ après la coupe. Ces 15 à 20 tonnes de biomasse par hectare correspondent déjà à 25 % des apports nutritifs nécessaires à la culture. La canne à sucre constitue une précieuse alliée contre l’érosion : elle diminue le ruissellement de l’eau et joue ainsi un rôle essentiel dans l’approvisionnement des nappes phréatiques en facilitant le transfert des eaux de pluie vers le sous-sol.

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La technique de l’épaillage (qui consiste à enlever les pailles sur les tiges pendant la végétation pour les mettre au sol) renforce cette tendance puisque cette couverture végétale réduit l’évaporation et diminue les besoins en eau de la culture. La canne constitue en outre un puits de carbone important par sa capacité d’absorption du CO2. En maintenant les sols d’année en année, la canne préserve la vocation agricole de La Réunion, ainsi que ses paysages. Elle assure
une compatibilité entre l’urbain et le domaine naturel et s’inscrit en coupure d’urbanisation.

Jouer groupés : le moyen d’être meilleur et de progresser encore

ls-34-encart-quote-4.pngLes filières agricoles sont étroitement liées les unes aux autres. Au niveau foncier, 10 % de la surface exploitée par les planteurs de canne est dévolu en moyenne à la diversification, au maraîchage et à l’élevage. En 2015, La Réunion répond déjà à hauteur de 79 % aux besoins alimentaires de l’île en produits agricoles frais. Plus résistante aux aléas climatiques que de nombreuses cultures vivrières, la culture de la canne est moins risquée pour l’exploitant agricole. De plus, la garantie de prix et d’écoulement de la production permet de sécuriser les revenus des planteurs.
La canne joue ainsi un rôle structurant, favorise la diversification et permet de lutter contre les importations de produits frais, dont la facture économique et écologique est considérable.
Cette synergie inter-filière s’illustre de surcroit à travers la valorisation des coproduits de la canne. La paille de canne récoltée dans les champs est utilisée en fourrage et litière pour les animaux. Elle couvre actuellement un tiers des besoins des éleveurs mais pourrait représenter à terme les deux tiers dans le cadre des projets en cours de développement. La mélasse, après livraison de celle destinée à la fabrication du rhum, sert à compléter l’alimentation du bétail. Enfin, le process sucrier rend possible l’épandage des effluents d’élevage sur la sole cannière. Ce recyclage des résidus d’élevage est essentiel au développement de cette filière et à la poursuite du
programme D.E.F.I 2. Environ 20 000 sur 24 000 hectares de canne sont concernés, à terme, par l’épandage de cet engrais naturel.ls-34-encart-quote-5.png

Les autres démarches agro-écologiques

Dans un environnement tropical comme celui de La Réunion,la culture de la canne telle que pratiquée est aujourd’hui très « propre » : elle n’a recours ni aux fongicides, ni aux insecticides. La filière est mondialement reconnue pour avoir mis en oeuvre
la lutte biologique contre le ver blanc grâce au champignon Beauveria hoplocheli, dès 1997. La longue tradition de sélection et création variétales de la filière est une des mesures essentielles et efficaces pour limiter le recours aux produits chimiques. Une nouvelle variété libérée, c’est une canne toujours plus riche en sucre, mais aussi plus
résistante, notamment aux maladies, et se développant plus rapidement que les adventices. La paille de canne laissée au champ permet de diminuer jusqu’à 70 % des effets négatifs des mauvaises herbes lors de la repousse. Cependant, avec
la chaleur et l’humidité des mois d’été réunionnais, il n’estpas possible à moyen terme de se passer de tous les intrants chimiques. D’autres pistes sont étudiées, telles que l’utilisation de plantes de services en vue de mieux maîtriser les mauvaises
herbes et d’améliorer la structure des sols. Pour augmenter les rendements au champ et limiter les intrants importés, la filière utilise aujourd’hui les écumes issues de l’épuration du jus de canne, riches en calcium et en phosphore, et les
cendres de bagasse, qui ont une fonction d’amendement chaulant. L’agro-industrie sucrière réunionnaise porte aussi ses efforts sur la préservation des ressources.ls-34-encart-quote-6.png La combustion de la bagasse, évite l’importation de 140 000 tonnes de charbon par an et limite donc les émissions de CO2. Avec ses innovations industrielles, les sucreries réunionnaises ont réduit leur consommation d’énergie de 14 % par rapport à 2007. Sur le plus long terme, des études sont à l’oeuvre afin d’identifier les débouchés potentiels complémentaires de la filière dans la chimie verte, avec, en ligne de mire, la volonté de concilier croissance économique et performance environnementale.

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